Vera Songwe (CEA) : « Le vrai New Deal pour l’Afrique, c’est Zlecaf » – Jeune Afrique

Vera Songwe dirige la Commission économique pour l’Afrique depuis 2017. Ici dans une interview en décembre 2015 à Dakar. Elle devient ensuite Directrice Régionale Afrique de l’Ouest au Centre de la Société Financière Internationale (SFI) © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

L’économiste camerounais, secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), appelle la communauté internationale à augmenter les fonds pour la reconstruction de l’Afrique et du continent pour renforcer sa zone de libre-échange.

Dette, relance économique, vaccins contre le Covid-19, commerce intra-africain… Le président de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), institution panafricaine des Nations unies (ONU), s’implique dans toutes les discussions continentales.

Après vingt ans à la Banque mondiale (BM), l’économiste camerounais, formé aux USA et en Belgique, a succédé au bissau-guinéen Carlos Lopes à la tête de la CEA en 2017. Moins clivante que sa devancière, connue pour ses positions diverses et hétérodoxes sur les relations économiques entre l’Afrique et ses partenaires, Vera Songwe a néanmoins laissé sa trace. Né à Nairobi au Kenya et élevé dans le nord-ouest anglophone du Cameroun, le quinquagénaire a placé la lutte contre la pauvreté et la fiscalité au centre du développement du continent.

Super négociateur pour les dettes de l’Union africaine – aux côtés du franco-ivoirien Tidjane Thiam, du nigérian Ngozi Okonjo-Iweala, du rwandais Donald Kaberuka, du sud-africain Trevor Manuel et de l’algérien Abderrahmane Benkhalfa, elle est également consultée par le Council on Health Economics for All de l’Organisation mondiale de la santé ( QUI). Pour Jeune Afrique d’Addis-Abeba, elle décrit les enjeux de la relance économique du continent et s’appuie plus que jamais sur le rôle moteur de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Jeune Afrique : Mi-mai, le sommet sur le financement des économies africaines a reconnu qu’un double mécanisme est utilisé pour apporter de l’argent neuf sur le continent. A savoir : une nouvelle édition des Droits de Tirage Spéciaux (DTS) par le Fonds Monétaire International (FMI) et une redistribution de certains de ces droits des pays industrialisés vers le continent. Depuis, le processus semble au point mort. Où en sommes-nous ?

Vera Songwe : Concernant la nouvelle émission de DTS du FMI, j’aimerais aussi qu’elle aille plus vite. Je rappelle que c’est une idée que la Cour des comptes européenne et de nombreuses personnalités africaines défendent depuis mars 2020. Alors que la précédente administration américaine n’y était pas favorable, l’actuelle les soutient ainsi que le G7. On parle d’un montant de 650 milliards de dollars et les quotas de chacun sont connus – 71 milliards pour les Etats-Unis, 32 pour la Chine, 31 pour la France et autant pour l’Allemagne, 33 pour l’Afrique. Il n’y a plus aucune raison d’hésiter…

Pour revenir au deuxième volet, la redistribution des DTS en faveur du continent : pour l’instant seuls la France et le Portugal ont annoncé leur participation. Vous y croyez ?

Nous devons le faire et y travailler. Ce mécanisme a déjà été utilisé dans le passé, notamment en complément d’un mécanisme du FMI destiné aux pays à faible revenu, le Fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et la croissance. Il s’agit d’une excellente opportunité pour l’Afrique, qui a besoin de financer sa relance post-Covid afin de bénéficier de prêts avec des fonds de pays développés qui ont déjà entamé leur relance via des émissions de leur banque centrale et n’ont donc pas besoin de DTS. Ce sera l’une des grandes discussions de 2022.

Un autre sujet de négociations à long terme est la dette africaine. Si un cadre commun de rééchelonnement de la dette publique a été adopté, des progrès peuvent être attendus dans le traitement de la dette envers le secteur privé. Quels sont les enjeux pour le continent ?

Cette dette privée, qui représente 40 % de la dette de l’Afrique, se présente principalement sous la forme d’euro-obligations et de crédits à l’exportation accordés par les banques commerciales. Ces dettes sont calibrées différemment de créancier à créancier, de débiteur à débiteur. Nous avons besoin de plus de transparence si nous voulons les traiter de manière globale. Cet exercice devrait amener chaque pays à revoir ses dettes et revoir les termes de certains contrats trop onéreux et inacceptables.

Pas seulement. Il y a aussi des dettes de France, d’Angleterre et d’autres nationalités qui sont discutables – même si elles restent plus faibles en volume que les dettes chinoises. Il est encore très difficile d’établir une traçabilité complète de la dette des acteurs de l’OCDE par exemple.

L’enjeu n’est pas de désigner des boucs émissaires, mais d’assurer la plus grande transparence possible. Sur ce point, la Banque mondiale (BM) et le FMI montrent l’exemple, d’une part en créant leur propre plateforme, d’autre part en publiant régulièrement des données sur ce sujet.

La CEA est également très engagée dans la Commerce africain et intra-africain. Quel est l’impact de la pandémie sur le commerce ?

Sans surprise, la pandémie a eu un impact négatif sur les exportations du continent. Contrairement à la Chine et aux États-Unis, ils n’ont toujours pas retrouvé leur rythme d’avant-crise après une forte baisse. En revanche, l’effet sur le commerce intra-africain semble avoir été positif, car l’augmentation des échanges est liée au rétrécissement géographique des chaînes de valeur.

La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) est entrée dans un environnement très difficile à le début de l’année une pandémie et des fermetures de frontières en place. Quel bilan tirez-vous des premiers mois de son existence ?

On ne peut que féliciter les chefs d’État et de gouvernement pour leur persévérance, surtout dans un environnement aussi compliqué. Malgré les difficultés créées par le Covid-19, les négociations se sont poursuivies et nous sommes parvenus à un accord sur les règles d’origine dans les secteurs de réticence, notamment la pêche, l’automobile et le textile.

Parallèlement, 86 % des lignes tarifaires ont été approuvées (pour a Objectif de 90 %), qui correspond au principal groupe de barrières douanières à supprimer. Des progrès ont également été réalisés dans l’harmonisation des services douaniers transfrontaliers lorsque les initiatives de production de vaccins localement favorisent le commerce local.

Un des points qui reste à éclaircir concerne les grands acteurs économiques du continent – Afrique du Sud, Nigéria, Maroc – qui , puisqu’ils produisent de nombreux biens à moindre coût que leurs voisins, tentés par le dumping.

On entend parler du Plan Marshall, du New Deal pour le continent, etc. En réalité, notre recette pour sortir de la crise et même notre plan de développement sur quinze ans, c’est Zlecaf ! C’est la clé de l’essor du commerce intra-régional et de la croissance verte, mais aussi des infrastructures, des nouvelles technologies, de la logistique et du commerce. Il permettra de créer « l’Amazonie » à travers le continent.

De la médiation des conflits au développement des échanges économiques et scientifiques, les réseaux diplomatiques et économiques de la Suisse sont de plus en plus présents en Afrique.

Dans l’actualité
Jean-Yves Le Drian – Laurent Gbagbo – Abdelmadjid Tebboune – Macky Sall – Félix Tshisekedi – Alpha Condé

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