Attaque de Solhan : “Déployer des volontaires pour la défense du territoire expose les civils”

Le nord-est du Burkina Faso a été touché par deux attentats dans la nuit de vendredi à samedi, dont l’un a fait au moins 138 morts, le plus meurtrier dans le pays depuis le début des violences djihadistes en 2015. Des dégâts ? RFI s’est entretenu avec Mahamadou Sawadogo, ancien gendarme et spécialiste des questions de sécurité au Burkina Faso.

RFI : Comment avez-vous réagi à cette attaque extrêmement violente ? ?

Mahamadou Sawadogo : Tout d’abord, je voudrais exprimer mes condoléances au peuple en pleurs du Burkina Faso et lui dire aussi que je suis attristé et presque muet face à cette lâche tragédie perpétrée par les groupes terroristes armés. Et en ce moment je suis convaincu que tous les Burkinabè sont blessés dans leur âme par une telle tragédie.

Comment est né un tel drame ? Je pense que c’est lié à une séquence d’événements et une séquence d’avertissements pour lesquels les autorités n’ont pas pris leurs marques, car Solhan et la région de Mansila sont depuis longtemps abandonnés et sont complètement sous le contrôle de ce terroriste depuis quelques mois maintenant groupes armés, depuis début 2021. Ils n’ont donc agi qu’en toute liberté, sans trop de compromis.

Cependant, à la mi-mai, le ministre burkinabè de la Défense, Chérif Sy, s’est rendu à Sebba, à une dizaine de kilomètres de Solhan, où il a estimé que la situation dans la région était revenue à la normale. Tu dois croire que non ?

Oui, il faut croire que non. Car vu la proportion de déplacés qui continuent à affluer de Solhan à Dori depuis plus de trois mois, et aussi vu le nombre d’incidents qui continuent de se produire dans ces zones, force est de constater que la situation n’est pas sous contrôle.

Faut-il voir dans cette attaque une réponse au gouvernement qui parlait de “ retour à la normale » ?

Je ne dirais pas “répondre”. Mais cela fait simplement partie de leur stratégie, la stratégie des groupes terroristes armés, de frapper là où ils le peuvent.

Cela fait partie de [de leur stratégie] faire grève maintenant, car c’est la saison des pluies. Le début de la saison des pluies coïncide avec une augmentation de la violence, car après [les groupes armés] incapable de bouger comme il se doit. Ainsi, le niveau de violence augmente, avant de baisser pendant la saison des pluies.

Un autre facteur à considérer est le changement de direction de l’Etat islamique. Cela peut aussi être un message du nouveau leader qui veut montrer qu’il a bien les mains fortes et la poigne pour diriger ce nouveau groupe.

En tout cas, selon nos informations, les assaillants ont d’abord visé le poste des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) avant de s’en prendre au reste de la population. Est-ce un message au gouvernement sur son « usage civil » dans la politique de sécurité ? ?

Oui, nous avions prévenu que l’utilisation de VDP exacerberait la violence et ciblerait la population civile. Alors oui, c’est une des conséquences. Et [le poste] des Volontaires pour la Défense de la Patrie est l’un des postes armés qui sont restés dans cette ville. Soudain, il suffisait de détruire ce poste et la ville était à eux.

C’est aussi un message pour éviter que les masses ne s’accrochent à cette dynamique qui a porté ses fruits dans certaines régions mais est actuellement en train de s’exposer le plus possible à la population civile dans d’autres.

Quant aux faits, les premiers groupes armés ont été aperçus autour de Solhan vers 21 heures vendredi et pour les premiers affrontements dans la nuit vers 2 heures du matin. N’y a-t-il pas de problème dans le temps d’intervention des forces de sécurité ? ?

A noter que Solhan n’est pas loin du Niger, dans une zone assez isolée et difficile d’accès, du moins pour les troupes à pied. L’armée burkinabè n’avait plus que des avions. Je ne suis pas en secret des dieux pour savoir quel avion possède l’armée burkinabè, mais à mon avis il y a peut-être un problème d’équipement, de logistique, qui empêche l’armée d’intervenir à temps.

Mais depuis le sol ce serait difficile, il faut au moins 4 heures aux troupes pour atteindre cet endroit. Sans oublier qu’il y a des mines que ces groupes armés ont posées pour arrêter l’avancée des forces de défense et de sécurité. Apparemment, ils ont mis en place une stratégie imparable qui a rendu cela possible.

Lire aussi : Burkina : des forces de police fatiguées et inquiètes dans la région du Sahel

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Ref. : rfi.fr/fr/afrique/

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