Les petits restaurants ne désemplissent pas à Yaoundé. Les déclarations du biologiste-thérapeute, Polain Nzobeuh sur la toxicité de ce repas suscitent diverses réactions.

Bilick-city au quartier Emana. Il est 6h48 min, et le hangar de Marguerite, communément appelé Mama Marg est bondé de monde. « Pardon fait vite on a déjà faim ! On s’en fout des gens qui disent que le Bhb (ndlr beignets haricot bouillie) est toxique », s’exclame un jeune homme. Il est vêtu d’une petite culotte. Le t-shirt est porté à l’envers. Ses yeux sont rouges.

Près de lui, cinq autres jeunes hommes et deux femmes. Parmi lesquels une mère d’enfant. Elle est venue se procurer de la bouillie et des beignets pour son garçon de huit mois. « Ce sont des histoires qu’il raconte. Ça a tué qui on a vu ? Il veut juste faire le buzz. Qu’il vienne donc nous donner le petit déjeuner s’il trouve que le nôtre est toxique », lance cette dame en riant.

Le haricot c’est l’huile !

Tous, sans perdre le temps ont déjà bols et plats entre les mains. Certains ont pris place. La femme aux formes potelées quant à elle, s’active à couper la pâte à beignet dans la friteuse. Elle vient d’arriver et les commandes se multiplient. Elle n’a même pas eu le temps de nouer son pagne, outil de travail. Derrière elle, son fils de 12 ans, la spatule entre les mains, tourne la bouillie dans un seul sens. « Mon petit met bien le sucre. La bouillie c’est le sucre. Nous on continue de manger. Que les gens qui veulent mourir meurent », crie un client. Le petit a eu au moins le temps d’asperger de l’eau dans le hangar et de passer un coup de balai.

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Une chaleur s’intensifie dans le hangar. Le premier tour sort de l’huile. Le plateau de couleur jaune prêt à recevoir les beignets se vide d’un coup. Les premiers arrivés se servent eux-mêmes. Le haricot et la bouillie sont déjà prêts. De quoi réjouir les gourmets qui s’impatientaient déjà. Tout doucement, mama Marg puise deux louches d’huile qu’elle verse dans la marmite de haricot. « J’ai assaisonné cela à la maison. Il fallait juste rajouter un peu d’huile pour que ça ne soit pas sec », confie-t-elle. Malgré cela, certaines demandent même de mouiller davantage leur haricot avec cette huile.

Malgré le tollé, ils accourent

La sortie du thérapeute crée la polémique sur les valeurs nutritives des Bhb. Quel est notre rapport avec les beignets-haricot-bouillie ? « Nous n’avons pas besoin des recherches des médecins. Nous voulons le sucre et le haricot bien assaisonné et c’est tout. Je n’ai jamais eu un problème de santé parce que je mange ce repas», confie Hervé. Chez Mama Marg, les clients sont à l’afflux. Femmes, hommes et enfants sont là pour les Bhb.

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C’est le cas d’un garçon qui est arrivé avec des gamelles, acheter le haricot de 500 Fcfa, les beignets de 1500 Fcfa et la bouillie de 400 Fcfa. « C’est comment mama Marg ? Tu es toujours à l’heure », lance un groupe de jeunes. Sans perdre de temps, ils prennent place. « Les beignets haricot bouillie c’est le tournant. Il n y a pas meilleur petit déjeuner. Nous n’avons aucun problème avec cela. Je peux les manger tous les jours sans me fatiguer. Les avis des uns et des autres importent peu », dit l’un d’eux. « Méfiez-vous des récitations. Aucun parmi vous n’a vu ce qui est décrit dans ce texte.

Nous on mange ça depuis », poursuit-il. Après avoir mis à nouveau la pâte dans l’huile, Marguerite se lave les mains dans un seau placé sous ses pieds et s’essuie les mains sur son pagne. Dans une même assiette, elle y met des beignets et du haricot et dans un bol de la bouillie. Certains y ajoutent du spaghetti. Son fils l’aide à servir les commandes auprès de chaque client. « J’espère que tu connais ma commande mama marg. Emballes je vais emporter. C’est curieux de voir un Camerounais dire que le Bhb est dangereux pour la santé. C’est juste du folklore », dit Martial. Au fur et à mesure, la pâte dans le seau de peinture diminue. Après plusieurs passages, Marguerite ajoute le reste d’huile dans la friteuse. Les clients consomment beignets-haricot-bouillie en fonction de leurs moyens financiers.

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Pauvre ou riche…

« Je consomme ce repas tous les matins sans aucun problème. Avec 100 Fcfa ou 200 Fcfa on peut se l’offrir. On n’a pas besoin d’être riche pour pouvoir manger des beignets avec du haricot et de la bouillie. C’est avec ça que je commence mes journées. Rien ne m’empêche de continuer à le faire », confie Armand Mbia, conducteur de moto. « Ça reste le meilleur des petits déjeuners. C’est très digeste et se consomme à toute heure de la journée. En plus, la bouillie réchauffe le corps le matin », lance un autre conducteur. Rosalie Mvondo ne veut rien entendre. « S’il trouve que c’est toxique, qu’il vienne donc nous donner de quoi manger chaque matin. S’il a des moyens, ce n’est pas le cas pour tout le monde. Chacun mange ce qui est à sa portée ». Plus loin au carrefour Etoudi, Guy et ses frères ont aménagé un coin pour vendre des beignets. Un endroit bien construit avec cependant des traces d’huiles sur le sol et sur les tables.

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Dans les coins de cet espace, des restes de haricots et de spaghetti sont visibles. Tous les matins, les trois frères se réveillent à 4 h30 min pour tourner la pâte, faire cuire le haricot et apprêter leurs condiments comme ils le racontent. « Nous sommes au courant de ce qui se dit sur les Bhb, mais nous ne pouvons pas arrêter. Nous subvenons aux besoins de nos familles », se désole Roland Fomnikong. « Si ce repas est toxique comme le dit ce médecin, nous serions morts depuis des années. Je pense juste qu’il devrait nous dire de modérer notre façon de consommer. Nous ne pouvons pas rayer ce menu de nos habitudes alimentaires », ajoute-t-il. Olive, mère de quatre enfants, préfère cette composition parce que les enfants aiment cela, consistant et facile pour faire un partage.

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BHB vip

Mis à part ces petits restaurants de quartiers, nous avons également des restaurants et supermarchés qui offrent des services Vip (Very important person). Nous avons le cas du restaurant Tchop et Yamo à Bastos où le plat est à 1500 Fcfa. Nous avons également le supermarché Dovv qui vend des beignets-haricot-bouillie. Et les gens en raffolent. « Le cadre en lui-même donne envie de manger leurs beignets- haricots-bouillie. C’est un repas appétissant pour moi. Il est moins couteux et accessible à tout le monde », relève Dieudonné.

Marie Laure Mbena

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Ref. : 237online.com

A REGARDER ABSOLUMENT…

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